Rencontre avec Adam SAMIRA

« Bonjour Adam. En quelle année as-tu commencé la tauromachie ?

– J’ai commencé en 2012. A l’âge de mes 12 ans, je me suis inscrit à l’école taurine d’Arles. Quand je suis rentré à l’école taurine, j’ai voulu suivre la voie de mes idoles : Sébastien Castella et Juan Bautista.

– Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire le pas ?

– J’ai toujours été passionné par le toro en lui-même. Petit, je vivais chez mes grands-parents à côté des Saintes-Marie-de-la Mer. Il y avait à côté de chez eux les toros de Cavallini et de Mailhan. J’allais les voir avec mon grand-père tous les jours. C’est là où j’ai attrapé le virus du toro. J’ai vu ma première corrida à 9 ans aux Saintes-Marie-de-la Mer. Je ne me souviens plus du cartel. Ça m’avait marqué et en rentrant j’ai dit à ma mère, que je voulais être torero. Ça a été un déclic. Ma mère ne m’a pas pris au sérieux au début, puis elle a fini par m’amener à l’école taurine. Ma mère et ma sœur m’ont ensuite toujours soutenu. Elles m’ont dit d’aller au bout de mes rêves : « Si tu y crois, nous on y croit avec toi ». Pour réaliser ce rêve, j’ai fait beaucoup de petits boulots. Ils m’ont permis de financer mes voyages en Espagne pour m’entrainer. Ma mère n’avait pas les moyens. C’est une motivation supplémentaire pour réussir.

Quand as-tu porté le costume de lumière pour la première fois ?

– J’avais 14 ans. C’était à Saint-Etienne-du-Grès avec des novillos de Barcelo sans mise à mort. Le costume pesait énormément, je me demandais comment les toreros faisaient pour le porter. Une fois qu’on est devant le taureau, on oublie cette gêne.

Tu as fait un bon parcours en novilladas sans picador puisque tu as toréé à Nîmes, à Arles. Que retiens-tu de ce parcours ?

– J’ai débuté en sans picador avec le Centre Français de Tauromachie à Chateaurenard. Je m’étais cassé la clavicule quelques mois avant en tuant un toro en privé. Cette blessure me gênait encore ce jour-là. Ensuite je suis retourné à l’école taurine d’Arles et j’ai toréé à Nîmes, Arles, Vic.

L’année dernière le dimanche de Pâques 2019, tu as débuté en novillada piquée à Arles pour la feria de Pâques. Le cartel était composé de six novilleros français: Thibaut Garcia, Baptiste Cissé, Maxime Solera, El Rafi, Carlos Olsina et toi. Il y avait de la pression, les novillos étaient très sérieux et tu as marqué les esprits. Que retiens-tu de ce passage en novillada piquée ?

– C’était pour moi beaucoup d’émotions : c’était dans ma ville avec de la responsabilité. Il y avait six novillos d’élevages français différents : les novillos étaient, dans l’ordre de sortie, de François André, du Lartet, de Giraud, de Camino de Santiago, de Malaga (Callet), et le mien était de Taurelle. Il faisait partie des novillos les plus forts de la matinée. Il ressemblait à un toro. Dans le burladero j’ai réalisé que c’était la cour des grands. Dès les premières passes avec le novillo, la pression a disparu. J’ai ensuite pris beaucoup de plaisir et j’ai pu couper une oreille. Avant la novillada, je savais que je jouais une grosse carte. Il fallait que je montre que j’étais présent. La difficulté supplémentaire est que j’arrivais dans un moment où il y avait beaucoup de novilleros français avec un bon niveau. Je ne mets pas dans l’optique d’être en compétition avec tout le monde. La compétition, elle a lieu avant tout envers moi-même. Pour faire ma place, je demande des opportunités. Je veux me dépasser moi-même car je rêve de faire partie des grands.

Tu devais revenir à Arles cette année en récompense de ta prestation mais l’épidémie de COVID 19 ne l’a pas permis. Comment as-tu vécu ce confinement et l’annulation de cette course qui aurait pu peut-être t’ouvrir d’autres portes ?

– J’étais en Espagne à coté de Séville en train de me préparer quand j’ai appris l’annulation de la feria. Ça m’a mis un coup au moral. En 2019, je n’ai toréé que la novillada d’Arles. Tous les cartels étaient déjà faits, je ne pouvais en intégrer d’autres. Cette année, j’allais avoir cette opportunité. Néanmoins, je n’ai pas perdu l’illusion, je n’ai pas cessé de m’entrainer avec la même intensité. Pendant le confinement, j’ai gardé la même cadence : je me levais tôt pour aller courir puis je m’entrainais deux fois par jour de salon. En ce moment, j’intensifie mes efforts car je sais que je n’ai pas le droit à l’erreur. Je dois saisir la moindre opportunité qui se présente et je dois couper les oreilles au moindre toro qui sort du toril.

Cette année, je devais partir au Mexique. Beaucoup d’organisateurs attendaient les résultats de la novillada d’Arles pour éventuellement m’engager.

Le confinement m’a permis de me remettre en question, de réfléchir sur moi-même pour savoir si c’était dans les toros que je voulais réaliser ma vie. Le fait de ne plus toréer dans cette période m’a fait réaliser l’importance qu’ont les toros dans ma vie. Le confinement a été bénéfique en ce sens.

N’est-il pas dur de garder le cap quand on n’a plus d’objectifs à court et à moyen termes ?

– Il y a des jours où c’est difficile. On se demande si on est fait pour ça et si en va y arriver. On voit la montagne de choses à accomplir et il n’y a rien qui se fait. Mais dès que je reprends l’entrainement, je réalise que je ne vois pas ma vie sans les toros. C’est quand on t’enlève quelque chose, que tu ressens le manque. Dans cette situation il y a deux solutions : ou tu t’arrêtes car tu trouves que c’est trop dur et que tu sens que tu ne vas pas franchir les étapes. Ou bien tu te dis que tu ne veux pas revivre ça et que tu vas tout donner pour être plus fort qu’avant et moins fort que demain. Toujours aller de l’avant : siempre palante !

Emilio de Justo est un exemple, il est resté un long moment sans toréer et aujourd’hui, il est engagé dans toutes les ferias. Si tu n’es pas passionné tu ne peux pas surmonter tout ça. Il ne faut vivre que pour ça. Dans tout ce que je fais, le toro est présent. Toute l’année, j’ai envie de m’entrainer. Je ne me vois pas vivre sans les toros et j’ai peur de vivre sans. C’est le toro en lui-même qui m’a passionné. La tauromachie m’apporte tout, le bonheur, la tristesse, la joie, des émotions fortes avec l’adrénaline la pression, l’exigence lorsqu’on va aux arènes. Une année sans toros est vide. Il me manque de remettre le costume, de me remettre en question pour voir ce qui n’a pas été et d’avoir cette illusion, d’avoir une date de prévue et de s’imaginer tous les scénarios possibles. Etre torero, c’est se remettre en question en permanence et être au toujours au meilleur niveau.

Mes amis font partie du milieu taurin. Je discute beaucoup avec Andy Younes qui est matador de toros et qui est passé par là. Ses conseils m’aident énormément. Le plus important est de ne pas perdre le rêve du petit garçon.

Le petit garçon ne mesure pas la difficulté mais est animé par l’envie de vouloir réaliser ses rêves. Ne pas perdre l’illusion. Il faut du temps, de la patience. Le plus important est le nombre de fois où tu te relèves après chaque échec et pas le nombre de fois où l’on te ferme les portes. Ce n’est pas un sprint mais une course de fond. L’important c’est la destination, pas le chemin que l’on emprunte. L’échec est le début du succès. Yvan Fandino disait que ce n’était pas avec le triomphe que l’on apprenait mais avec l’échec. Avec le triomphe, on ne se remet pas en question.

– Penses-tu avoir des opportunités sur cette fin de saison si des spectacles peuvent s’organiser ?

– Peut-être. On est en train de discuter, j’ai des touches mais rien de concret. Les empresas sont autant dans le flou que nous. Ils ne savent pas si les ferias de fin de saison pourront avoir lieu. De mon coté, je m’entraine comme si j’allais toréer quarante novilladas. J’ai eu l’occasion de toréer au campo. Juan Bautista m’a invité pour toréer une vache et un toro récemment dans sa ganaderia. Ça m’a permis de travailler beaucoup de choses et de voir que j’étais capable de me mettre devant les toros. Les tentaderos ont repris et je vais essayer de tienter un peu de partout.

– As-tu déjà commencé à te confronter au toro de 4 ou 5 ans ?

– Avant mon début en novillada piquée, j’ai eu l’occasion de le faire. Je me régale un peu plus. Le toro ne charge pas de la même façon et ne pardonne pas l’erreur. Le cap du toro adulte n’a pas été si difficile que ça à passer car depuis petit, je sors de second sur les toros adultes derrière les matadors français. Ils m’amenaient lorsqu’ils toréaient en privé. Ça n’a pas été un choc, car je m’y suis adapté petit à petit. Le toro change du novillo sans picador : il souffle beaucoup plus et on sent une réelle opposition.

Commences-tu à penser à l’alternative ?

– L’alternative, c’est un rêve de gosse. Je n’y pense pas encore. Je pense d’abord à toréer un maximum pour être prêt pour ce jour-là. J’aimerais la prendre en France dans la région avec de la force. Pour l’instant, je passe les étapes. Elle sera à envisager d’ici deux ou trois ans. Il faut d’abord que je fasse mes preuves et que je torée en novillada dans les grandes ferias.

– Que recherches-tu quand tu torées ?

– J’essaie d’être le plus pur possible. C’est une tauromachie qui est difficile à réaliser devant tous les toros car certains ne le permettent pas. Il faut s’adapter à tous les types de toros et laisser parler son naturel. La personnalité est ce qu’il y a de plus important dans le toreo. Le toreo reflète la personnalité. On torée comme l’on est. Comme on est dans la vie, on est dans l’arène. Il ne faut pas chercher à toréer par imitation sinon tu te perds dans un personnage. Quand un toro le permet, j’essaie de me le passer près, les pieds rivés au sol, bien assis sur les reins. Il faut toréer comme on ressent les choses. On essaie bien sûr de s’inspirer des figuras mais pas d’imiter. Chaque torero a sa personnalité et il ne faut pas y toucher.

Je cherche à prendre du plaisir mais aussi montrer que je peux m’arrimer. C’est ce que j’ai essayé de faire à Arles le jour de ma première novillada piquée. Mon public ce jour-là m’a soutenu. J’ai tout donné pour ça. A un moment de la faena, je me suis dit, c’est maintenant qu’il faut faire l’effort pour montrer ce que dont j’étais capable. Je veux continuer à progresser.

Toute l’équipe du Mag de l’Aficion te souhaite mucha suerte pour la suite. »

DE VOS Christophe.

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