Arnaud AGNEL « je suis un torero de mots »

Au mois de février lors d’une tienta au mas de la Chassagne l’équipe du mag de l’aficion a rencontré Arnaud AGNEL pour une interview exclusive .

Quelle est ton actualité en ce moment malgré le Covid ?

C’est compliqué, tout est arrêté, on m’a proposé de jouer en portant un masque. Ce que j’ai absolument refusé, pour des raisons déontologiques, mais aussi car dans un cadre de public de scolaires, il est hors de question que je montre aux gamins que la norme c’est jouer avec un masque. Je perds des contrats à cause de cela mais c’est un choix éthique et artistique .

On a fait la semaine dernière les enregistrements de lecture avec les avocats du diable et Philippe Béranger entre autres pour le prix Hemingway Je n’ai pas fait que lire, j’ai aussi filmé et je suis en ce moment en plein montage.

Sinon c’est calme, et malheureusement, on ne voit pas l’issue.

Quels sont d’après toi les liens entre ton métier et la tauromachie ?

Ces liens existent. Bien sûr je ne risque pas une blessure, mais ma conception du théâtre est très liée à la tauromachie. Dans mon concept personnel d’acteur, je me prépare comme un torero, la préparation physique est très importante, je répète énormément, car on sait que quand arrive le jour J ou devant la bête en tauromachie, tu oublies ta préparation. Comme quand tu fais une passe en toréo de salon et arrivé devant l’animal tu ne sais plus comment t’y prendre.

C’est donc une analogie qu’on peut faire, également se retrouver à l’hôtel avant le spectacle, revêtir son costume. Je dis toujours que j’ai choisi le métier de comédien car je n’ai pas eu le courage et peut être pas les qualités pour devenir torero.

Je me qualifie comme un « torero de mots », et cela me plait beaucoup ; c’est-à-dire que mes taureaux ce sont mes textes, et ils sont tous différents, le public n’est jamais le même, il varie selon les régions.

Dans les villes non taurines, comment les spectateurs réagissent-ils à la pièce de Jean Baptiste ?

Il était prévu près du bassin d’Arcachon, mais je l’ai joué en live sur Facebook, les gens ont beaucoup aimé, les réactions ont été très bonnes. Le spectacle de Jean-Baptiste, j’ai voulu qu’il soit accessible à tout le monde. Je comprends les personnes qui sont anti corrida, je respecte leur choix, et je ne fais aucun prosélytisme avec mon spectacle. Si les gens n’aiment pas la tauromachie, c’est justement par mon approche par le biais du théâtre qui fait que l’on peut découvrir un univers.

Ce qui était drôle, c’est qu’à Marcheprime une journaliste m’a interviewé, est venue voir une répétition. Elle a tellement adoré le spectacle qu’elle en parle à des directeurs de théâtre qu’elle connait ailleurs. Donc le pari est gagné. Idem à Paris, la directrice du théâtre est anti corrida mais elle vu et a trouvé génial. Pour moi, c’était tout l’objet de mon spectacle et de mon travail, emmener un univers. Par exemple cet univers qu’on a là au campo, eh bien l’emmener à des personnes néophytes, pas connaisseurs, je trouve que c’est super intéressant.

De nombreux arts s’apparentent à la corrida, les spectateurs peuvent y venir de par un art extérieur, la comédie ou autre.

Il y a beaucoup d’artistes qui ont du mal à faire leur coming-out artistique dans le sens où ils sont afficionados et ils ne le disent pas. J’ai été surpris par le nombre de gens rencontrés à Paris qui sont dans ce cas, je crois que c’est un milieu opaque qui fait peur. Mais quand tu l’as découvert et tombé dedans, tu ne le lâches plus.

As-tu en projet d’autres pièces en rapport avec la tauromachie ?

Pas pour l’instant. En fait la pièce de Jean-Baptiste, c’était du hasard. Je suis tombé sur le texte, c‘est le livre, l’écriture, qui m’a donné envie de faire ce spectacle, j’avais envie d’aborder cet univers-là mais je n’avais pas le bon truc. Après, je n’ai pas envie d’être l’acteur qui défend la tauromachie tout le temps, moi je défends mon métier, une approche. Si le texte est bon oui, cela se fait par des rencontres, si l’opportunité se présente. En fait Jean-Baptiste cela a été une évidence ; au début je voulais faire des lectures, et puis c’est monté monté et puis je me suis dit je vais faire un spectacle, et puis j’ai demandé à avoir des lumières, et puis une vidéo et en fait tout a grossi et c’est devenu un vrai spectacle.

Il y a un an presque jour pour jour, tu  péguais  tes premières passes devant une vache, quelles ont été tes sensations ?

Il y un an c’était ici, à la Chassagne. C’était extraordinaire car il n’y avait pas beaucoup de monde. Que ce soit à la Chassagne, devant Jean-Baptiste, à l’invitation de Jean-Baptiste et Hervé, cela avait beaucoup de sens. Ce qui m’a marqué c’est que la muleta c’est très lourd, mais quand tu es devant tu ne sens rien du tout, c’est très léger ; je pense qu’il y a l’adrénaline qui fait que. La sensation que j’ai eu, c’est celle d’avoir de l’air dans les mains, en fait d’avoir cette danse d’air, je ne sais pas comment dire, c’était extraordinaire, et j’ai compris aussi qu’en fait, surtout à notre non-niveau, ce n’est pas toi qui décide, c’est la vache qui décide de t’accorder la passe ou pas. Et c’est là que tu comprends aussi la notion du respect de l’animal. Si tu respectes l’animal, l’animal te respectera et il y aura cette alchimie. Et cela t’apprend beaucoup l’humilité en fait, et après, une fois qu’on a gouté à ça on est dans la merde car on a juste envie d’y revenir.

Si tu devais comparer le trac au moment où tu approches de la vache et celui où tu entres en scène devant un public ?

Cela va paraitre très prétentieux, mais je n’ai pas de trac, même devant la vache. J’ai une appréhension puisque tu ne sais pas comment va sortir la vache, surtout quand tu sors en second, tu n’as pas eu l’occasion de l’analyser, tu ne sais pas comment elle va entrer dans muleta, etc.…

Après, le public, la scène, c’est mon métier, je suis professionnel depuis presque 10 ans et ça fait plus de 20 ans que je fais ça ; le théâtre c’est ma maison on va dire.

Certains ont encore de l’appréhension, même après tant d’années

Disons que l’appréhension, elle est à un autre endroit. Pour moi, cela va être sur un mot, je vais essayer de ne pas buter sur un mot ; en fait avec un taureau ou une vache t’as la rage quand tu te fais engancher la muleta, et bien moi c’est quand j’accroche sur un mot que je vais avoir ça.

L’appréhension elle est à cet endroit, après c’est comme tout, je pense qu’il faut faire les choses avec cœur, avec sincérité et s’oublier, oublier ce que tu fais, car l’important ce n’est pas ce que tu ressens mais ce que les autres peuvent ressentir, ce que tu fais ressentir.

Merci beaucoup et bonne chance pour la suite

Avec grand plaisir et merci à vous.

Photos : Mélanie HUERTAS

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